Hiérarchie

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Le rat face à ses congénaires
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Le rat face à ses congénaires

La hiérarchie au sein d'une colonie de rats est un concept qui traduit l'idée de classement attribuant à certains rats une supériorité sur d'autres. L'échelle s'établi selon certains critères.

La hiérarchie n'est pas toujours celle qui apparaît : celui qui se fait servir peut être dépendant de celui qui le sert.


Sommaire

Bases de la hiérarchie

Pourquoi une hiérarchie

La hiérarchisation est essentielle au bon fonctionnement d'un groupe. Chacun y trouve sa place et connaît le comportement à adopter. Un groupe sans hiérarchie est un groupe instable qui peut vite tourner à la tragédie.

Les critères d'une hiérarchie qui se met en place

La hiérarchie se construit facilement ou difficilement selon les individus, elle peut être stable comme remise en question lorsque les faits sur lesquels elle se base évoluent. En effet, sans hiérarchie, des combats peuvent éclater entre les différents membres du groupes, et devenir sanglants. L'importance de la hiérarchie et sa dureté dépendent bien entendu de la taille de la colonie de rats. Par exemple, dans un groupe où les frontières sont régulièrement élargies, une hiérachie bien respectée par tous prend tout son sens, et permet une intégration facilitée des nouveaux arrivants.

Ce qui remet en question une hiérarchie

Exemples :

  • Rat qui s'affaiblit (vieillesse, maladie)
  • Rat qui prend de la force (adolescence et passage à l'âge adulte)
  • Décès
  • Nouvel arrivant
  • ...

Ce qui complique la hiérarchisation

La hiérarchisation peut parfois mal se passer, et l'agressivité peut amener de sérieuses blessures.

  • Un rat qui a trop longtemps vécu seul
  • Le manque de codes sociaux
  • L'agressivité hormonale
  • Une ratte gestante ou allaitante

Comportement au sein de la hiérarchie

Tentative de domination
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Tentative de domination

On peut reconnaître le rat dominant du groupe à certains comportements :

  • Pour mettre la hiérarchie en place ou la consolider ("c'est toujours moi le chef"), le dominant renverse le dominé sur le dos, les pattes avant posées sur le poitrail de l'autre rat.
  • Le dominant présente son postérieur levé au dominé et le frotte sur le dos de celui-ci. Il le marque ainsi de son urine et se "l'acquiert". Le dominé a ainsi une bonne odeur d'urine au bout d'un moment... Ce genre de comportement est surtout fréquent chez les mâles.
  • Le "piquage" de nourriture aux dominés qui se laissent faire.
  • Le dominant nettoie qui il veut, quand il veut, et souvent on peut entendre de petits couinements de riposte chez les dominés.

Le rat soumis montre clairement sa soumission au dominant pour éviter toute "représaille" :

Rat dominé par un autre
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Rat dominé par un autre
  • Dans la position sur le dos infligée par le dominant au moment de la mise en place ou de la remise en cause de la hiérarchie, le rat dominé ne doit plus bouger pendant quelques secondes. Il accepte ainsi sa place dans le groupe.
  • Il arrive que certains dominés fassent des "offrandes" au(x) dominant(s) et leur apportent de la nourriture qu'ils déposent juste devant eux.
  • Le couinement invétéré : le dominé couine par "prévention", par exemple quand le dominant veut lui prendre sa nourriture ou quand il lui cherche des noises. C'est un signe de protestation et de défense. C'est pour cette raison qu'il est le plus souvent inutile de s'affoler quand un rat couine, car la plupart du temps c'est du "cinéma" ;o).
  • Il nettoie le dominant autant que celui-ci le demande. Gare à lui si ce n'est pas assez longtemps...

Consolidation discrète de la hiérarchie

Les rats ont aussi des comportements qui n'ont rien à voir avec une confrontation. Ils permettent de resserrer les liens entre les membres du groupe et d'assurer la cohésion de celui-ci.

Toilettage
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Toilettage

Le toilettage, par exemple, est un moment sacré pour les rats. Un rat peut très bien faire sa toilette tout seul, mais les membres du groupe se la font aussi entre eux. C'est un signe d'attachement entre les rats. C'est le dominant qui décide quand elle commence et quand elle finit, que ce soit lui ou l'autre qui la fasse.

Le fait de dormir en "tas" resserre également l'union au sein du groupe. C'est un reste du temps où le rat était encore petit : les bébés de la portée se mettent en tas pour se tenir chaud, (lors de la première semaine de vie, le raton n'a pas de système de régulation de sa température corporelle, il cherche la chaleur, et ce comportement perdure en grandissant). C'est une façon de sentir la présence des autres, de sentir que l'on est intégré, mais aussi de se tenir chaud.

La "monte" fait également partie des relations sociales. Ainsi une femelle qui simulera une saillie sur une camarade lors des chaleurs de cette dernière la satisfera, et accomplira donc un acte de soumission. C'est généralement la même ratte au sein du groupe qui monte toutes les autres ; bien évidemment, tout dépend du nombre de femelles dans la cage... On retrouve le même cas chez les mâles, mais le "soulagement" se fait bien entendu dans l'autre sens. Dans le cas des mâles, c'est le dominant qui monte le dominé.

Les rats se transmettent également certains savoirs d'une génération à l'autre, ce qui est moins courant chez les mammifères que l'ont ne pourrait le croire. C'est ainsi que grâce à leurs expériences, leur vécu, et aux connaissances emmagasinées, ils peuvent offrir aux générations suivantes de nouvelles données utiles à leur survie, comme par exemple, les sources de dangers, etc. D'ailleurs, c'est notamment celà qui rend leur élimination en tant que nuisibles si délicate.

Texte de Bernard Werber dans "L'encyclopédie du savoir relatif et absolu"

Une expérience a été effectuée sur des rats. Pour étudier leur aptitude à nager, un chercheur du laboratoire de biologie comportementale de la faculté de Nancy, Didier Desor, en a réuni six dans une cage dont l'unique issue débouchait sur une piscine qu'il leur fallait traverser pour atteindre une mangeoire distribuant les aliments. On a rapidement constaté que les six rats n'allaient pas chercher leur nourriture en nageant de concert. Des rôles sont apparus qu'ils s'étaient ainsi répartis: deux nageurs exploités, deux non-nageurs exploiteurs, un nageur autonome et un non-nageur souffre-douleur.

  • Les deux exploités allaient chercher la nourriture en nageant sous l'eau. Lorsqu'ils revenaient à la cage, les deux exploiteurs les frappaient et leur enfonçaient la tête sous l'eau jusqu'à ce qu'ils lâchent leur magot. Ce n'est qu'après avoir nourri les deux exploiteurs que les deux exploités soumis pouvaient se permettre de consommer leur propre croquette.
  • Les exploiteurs ne nageaient jamais, ils se contentaient de rosser les nageurs pour être nourris.
  • L'autonome était un nageur assez robuste pour ramener sa nourriture et passer les exploiteurs pour se nourrir de son propre labeur.
  • Le souffre-douleur, enfin, était incapable de nager et incapable d'effrayer les exploités, alors il ramassait les miettes tombées lors des combats. La même structure (deux exploités, deux exploiteurs, un autonome et un souffre-douleur) se retrouva dans les vingt cages où l'expérience fut reconduite.

Pour mieux comprendre ce mécanisme de hiérarchie, Didier Desor plaça six exploiteurs ensemble. Ils se battirent toute la nuit. Au matin, ils avaient recréé les mêmes rôles. Deux exploiteurs, deux exploités, un souffre douleur et un autonome. Et on a obtenu encore le même résultat en réunissant six exploités dans une même cage, ou six autonomes, ou six souffre douleur.

Puis l'expérience a été reproduite avec une cage plus grande contenant deux cents individus. Ils se sont battus toute la nuit. Le lendemain, il y avait trois rats crucifiés dont les autres avaient arraché la peau. Moralité: plus la société est nombreuse, plus la cruauté envers les souffre-douleur augmente. Parallèlement, les exploiteurs de la cage des deux cents entretenaient une hiérarchie de lieutenants afin de répercuter leur autorité sans même avoir besoin de se donner le mal de terroriser les exploités.

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